
La hausse des taux freine les valorisations, mĂȘme lorsque les bĂ©nĂ©fices progressent, dans un environnement oĂč la visibilitĂ© reste faible.
Je conserve mes convictions sur les semi-conducteurs et les infrastructures IA, soutenues par la demande, tout en restant exigeant sur les prix dâachat.
Une détente des taux pourrait ouvrir des opportunités dans les secteurs pénalisés par le crédit cher, à condition que les bénéfices résistent.
Je prĂ©pare des dossiers hors IA pour diversifier les portefeuilles, tout en maintenant une exposition limitĂ©e Ă lâĂ©conomie française.
Temps de lecture : 10 mins.
Pour rappel, si vous avez trouvĂ© cette Ă©dition utile, nâhĂ©sitez pas Ă cliquer sur le petit cĆur đ (sous le titre), cela mâencourage Ă©normĂ©ment et me permet de savoir ce qui vous intĂ©resse đ !

đź Garder le cap sur lâIA, et prĂ©parer la suite
đ Version audio
Le moment se prĂȘte Ă un petit point de situation.
On ne sait pas trop ou on va avec les marchĂ©s actions⊠on ne sait pas ou va sâarrĂȘter cette hausse des taux obligataires⊠encore moins la guerre Iran-USâŠ
Je ne parle mĂȘme pas des Ă©lections amĂ©ricaines⊠et de la prĂ©sidentielle Ă venir en France..
Nous avons actuellement un combo dâĂ©lĂ©ments⊠qui fait que⊠câest le bordel sur les marchĂ©s.
Attention, les marchĂ©s sont toujours trĂšs ordonnĂ©s, et sâajuste au fur et Ă mesure des Ă©lĂ©ments quâils ont.
Le bordel, câest juste quâon a aucune visibilitĂ©.
Aucune visibilitĂ© sur lâIran, le pĂ©trole, le scrutin des Ă©lections US, les Ă©lections en France, la situation politique en Allemagne, lâĂ©conomie chinoise, le bon vouloir de Trump sur tous les sujets.
On avance Ă tĂątons.
NĂ©anmoins, dans ce foutoir, jâai quelques convictions.
Je reste optimiste sur les semi-conducteurs et les infrastructures de lâintelligence artificielle.
Je pense aussi que nous sommes proches du pic sur les taux.
Ces convictions ne mâempĂȘchent pas dâanticiper davantage de volatilitĂ© Ă court terme, ni de prĂ©parer un Ă©ventuel changement de rĂ©gime sur les taux.
Mon positionnement repose sur cette distinction : les incertitudes macroéconomiques peuvent peser sur les cours des actions sans remettre immédiatement en cause la trajectoire des entreprises.
Ă lâinverse, une belle histoire de croissance ne dispense jamais de regarder la valorisation, le financement et les commandes.
Câest ce que je vais dĂ©tailler maintenant.
đ Les taux mangent la croissance
à mes yeux, la remontée des taux reste le principal frein aux marchés. Les tensions au Moyen-Orient, les incertitudes sur le pétrole et les élections américaines de novembre peuvent entretenir cette pression dans les prochaines semaines.
Le paradoxe est que les indices peuvent relativement bien tenir alors que, derriĂšre cette rĂ©sistance, les valorisations subissent dĂ©jĂ une compression. Les entreprises gagnent davantage dâargent, mais les investisseurs acceptent de payer moins cher chaque euro de bĂ©nĂ©fice.
Câest un mĂ©canisme important Ă comprendre : de bons rĂ©sultats ne suffisent pas toujours Ă faire monter une action. Si les bĂ©nĂ©fices progressent mais que le multiple de valorisation recule, une partie de la croissance est absorbĂ©e avant mĂȘme de se retrouver dans le cours.
Je ne mâattends donc pas Ă une pĂ©riode oĂč lâeuphorie se diffuserait indistinctement Ă toutes les entreprises.
Si les taux restent élevés, il faudra probablement davantage de croissance bénéficiaire pour justifier les valorisations et faire progresser les cours.
đ Dans ce contexte, ma prĂ©fĂ©rence reste aux entreprises dont la dynamique opĂ©rationnelle peut rĂ©sister Ă un environnement moins favorable. Je cherche moins un retour gĂ©nĂ©ral de lâoptimisme que des moteurs de croissance suffisamment solides pour ne pas en dĂ©pendre.
đ€ Pourquoi je reste sur lâIA
Câest prĂ©cisĂ©ment ce qui explique ma conviction sur les semi-conducteurs et les infrastructures de lâIA.
Les controverses autour des laboratoires, les dĂ©parts de chercheurs et les appels Ă ralentir le dĂ©veloppement alimentent le dĂ©bat. Lâopposition Ă la construction de centres de donnĂ©es constitue Ă©galement un sujet Ă surveiller. Mais, pour lâinstant, je ne considĂšre pas ces Ă©lĂ©ments comme la preuve dâun retournement durable de la demande. Je constate plutĂŽt lâinverse.
Ma lecture reste celle dâune course Ă lâinvestissement qui dĂ©passe largement quelques entreprises. Les Ătats-Unis et la Chine poursuivent des objectifs stratĂ©giques. Les grandes plateformes cherchent Ă protĂ©ger leur position. Les fournisseurs de cloud spĂ©cialisĂ©s veulent gagner des parts de marchĂ©. Les laboratoires se disputent les meilleurs modĂšles, tandis que les programmes souverains cherchent Ă construire leurs propres capacitĂ©s.
Chacun a ses raisons dâinvestir. Chacun prend aussi le risque de laisser de lâavance aux autres sâil ralentit.
Les signaux de demande que je surveille continuent de soutenir ma thĂšse. Les derniers rĂ©sultats de Micron en donnent une illustration concrĂšte : le groupe a enregistrĂ© une croissance de 31% de son chiffre dâaffaires par rapport au trimestre prĂ©cĂ©dent, et ses revenus HBM ont progressĂ© encore plus rapidement. La direction indique Ă©galement avoir dĂ©jĂ conclu des accords pour la grande majoritĂ© de ses volumes HBM de 2027, Ă des prix significativement supĂ©rieurs Ă ceux de 2026. Nous ne parlons donc pas uniquement de projections lointaines, mais de revenus rĂ©alisĂ©s et dâengagements de clients.
Je reste particuliĂšrement intĂ©ressĂ© par les maillons oĂč augmenter lâoffre demande du temps : capacitĂ©s de calcul, interconnexions optiques et mĂ©moire.
Mon raisonnement est que les entreprises situĂ©es au cĆur de ces contraintes peuvent capter une part importante des investissements, Ă condition de bien exĂ©cuter et de conserver leur position concurrentielle.
Câest en partie les raisons de mes derniers achats, et surement de mes prochains achats..!
Cela ne signifie pas que toutes les valeurs IA se valent. Une demande sectorielle forte ne garantit ni les marges de chaque fournisseur, ni la rĂ©ussite de chaque technologie, ni un bon rendement boursier Ă nâimporte quel prix.
Je ne considĂšre pas non plus quâun ralentissement de lâentraĂźnement serait automatiquement sans consĂ©quence. Mon hypothĂšse est quâune partie de la demande pourrait se dĂ©placer vers lâinfĂ©rence, le contrĂŽle et la vĂ©rification des rĂ©ponses. Mais lâampleur et le calendrier de ce dĂ©placement devront ĂȘtre observĂ©s, pas supposĂ©s.
Dans mes portefeuilles, cette conviction se traduit par des expositions Ă plusieurs maillons de lâinfrastructure IA : les semi-conducteurs avec TSMC et ASM International, la mĂ©moire avec SanDisk, les interconnexions avec Marvell et Applied Optoelectronics, mais aussi les infrastructures Ă©lectriques avec Schneider Electric et Prysmian. Mes deux portefeuilles regroupent 21 entreprises autour des semi-conducteurs, de la photonique et des infrastructures numĂ©riques et Ă©lectriques. Je ne mise donc pas sur un seul gagnant, mais sur plusieurs besoins complĂ©mentaires. Ces positions restent toutefois diffĂ©rentes par leurs moteurs de croissance, leur sensibilitĂ© au cycle et leur niveau de risque.
La mĂ©moire reste Ă©galement un thĂšme majeur de conviction. Je distingue nĂ©anmoins les entreprises que je dĂ©tiens de celles que je continue simplement Ă Ă©tudier : une liste de surveillance nâest pas une liste dâachats.
â»ïž PrĂ©parer un tournant sur les taux
Ătre prudent aujourdâhui ne signifie pas que je mâattends Ă une hausse interminable des rendements obligataires.
Je garde Ă lâesprit un autre scĂ©nario : les taux pourraient approcher dâun sommet, puis se dĂ©tendre si les pressions inflationnistes sâattĂ©nuent. Une dĂ©sescalade au Moyen-Orient et un recul des coĂ»ts Ă©nergĂ©tiques pourraient contribuer Ă ce mouvement.
Mais je ne veux pas construire mon positionnement sur un accord politique annoncĂ© Ă lâavance, ni sur lâidĂ©e que les banques centrales suivraient nĂ©cessairement un calendrier favorable aux marchĂ©s. Ce sont des possibilitĂ©s, pas des acquis.
Il faut aussi distinguer le prix du brut du coĂ»t de lâĂ©nergie effectivement livrĂ©e. Les difficultĂ©s de transport dĂ©crites au Moyen-Orient rappellent quâun pĂ©trole moins cher ne se traduirait pas forcĂ©ment immĂ©diatement par une baisse Ă©quivalente des coĂ»ts pour les raffineurs et les consommateurs. Pour beaucoup, vous lâexpĂ©rimentez vous mĂȘme Ă la pompe.
Surtout, toutes les baisses de taux ne racontent pas la mĂȘme histoire.
Une dĂ©tente liĂ©e Ă une inflation qui se calme, avec une activitĂ© et des bĂ©nĂ©fices qui rĂ©sistent, serait le scĂ©nario que je trouverais le plus favorable pour Ă©largir mes expositions. Elle pourrait redonner de lâintĂ©rĂȘt aux secteurs sensibles au crĂ©dit et aux valorisations pĂ©nalisĂ©es par lâargent cher.
Ă lâinverse, si les taux baissent parce que lâĂ©conomie se dĂ©grade fortement ou parce que les investissements dans lâIA déçoivent, je ne considĂ©rerais pas cela comme un signal dâachat automatique. Le soulagement sur les valorisations pourrait ĂȘtre contrebalancĂ© par des rĂ©visions de bĂ©nĂ©fices.
đ Mon point de vigilance nâest donc pas seulement : « Les taux baissent-ils ? » Il est surtout : « Pourquoi baissent-ils, et que deviennent les perspectives des entreprises ? »
đ§ș Diversifier sans perdre le cap
Je reste convaincu par lâIA, mais je ne veux pas rĂ©duire mes portefeuilles Ă un seul thĂšme.
En dehors des semi-conducteurs, je continue Ă chercher des entreprises disposant dâun moteur propre : un marchĂ© qui se redresse, une transformation industrielle, une amĂ©lioration des marges ou un catalyseur identifiable. Ces dossiers peuvent ĂȘtre intĂ©ressants sans avoir besoin de participer Ă lâenthousiasme autour de lâIA.
Si les taux se dĂ©tendent dans de bonnes conditions, jâĂ©tudierai Ă©galement les opportunitĂ©s dans les secteurs que le coĂ»t du crĂ©dit a pĂ©nalisĂ©s : immobilier cotĂ©, logement et certaines activitĂ©s de consommation ou dâinvestissement. Je ne prĂ©vois pas une rotation mĂ©canique vers lâensemble de ces secteurs. Je veux dâabord identifier les entreprises dont les fondamentaux justifieraient cette réévaluation.
Concernant la France, je reste pessimiste sur la trajectoire budgĂ©taire et politique. Cette lecture mâincite Ă maintenir une exposition minimale au risque domestique.
Cela ne signifie pas que jâĂ©carte toute entreprise française. Le lieu de cotation ne rĂ©sume pas lâexposition Ă©conomique : une sociĂ©tĂ© prĂ©sente mondialement ne dĂ©pend pas de la conjoncture française de la mĂȘme maniĂšre quâune entreprise principalement tournĂ©e vers le marchĂ© domestique. Schneider Electric en est un bel exemple : en 2025, le groupe rĂ©alisait 39% de son chiffre dâaffaires en AmĂ©rique du Nord et 26% en Asie-Pacifique, contre 23% pour lâensemble de lâEurope de lâOuest. Investir dans Schneider, ce nâest donc pas miser sur lâĂ©conomie française.
đ Je prĂ©fĂšre donc traduire mon pessimisme par une sĂ©lection plus exigeante plutĂŽt que par un scĂ©nario de crise prĂ©sentĂ© comme inĂ©vitable.
đŻ Mon cap pour les portefeuilles
ConcrĂštement, je ne remets pas en cause mon exposition aux semi-conducteurs et aux infrastructures de lâIA sur la seule base de la volatilitĂ© macroĂ©conomique. Je continue Ă regarder en prioritĂ© la demande, les commandes, les capacitĂ©s de production et la progression des rĂ©sultats.
En revanche, je ne considĂšre aucune position comme immunisĂ©e contre les taux ou contre une correction. Une croissance exceptionnelle peut soutenir une valorisation Ă©levĂ©e, mais elle ne rend pas le prix dâachat secondaire.
Avec une visibilitĂ© aussi faible, je mâattends Ă ce que la volatilitĂ© reste importante dans les prochains mois. Mais je ne la vois pas uniquement comme un risque⊠elle pourrait aussi nous donner beaucoup dâoccasions dâacheter ou de renforcer de belles entreprises Ă des prix plus intĂ©ressants⊠à condition Ă©videmment de distinguer une baisse liĂ©e aux inquiĂ©tudes du marchĂ© dâune vĂ©ritable dĂ©gradation de leur activitĂ©. Je nâai donc pas besoin de me prĂ©cipiter : je prĂ©fĂšre prĂ©parer mes dossiers et saisir les occasions lorsque le prix devient attractif.
Mon positionnement sâarticule donc autour de cinq lignes directrices :
Conserver mes convictions sur les semi-conducteurs et les infrastructures IA, tout en distinguant la solidité de chaque dossier.
Rester exigeant sur les valorisations, mĂȘme lorsque la tendance sectorielle me paraĂźt trĂšs favorable.
Continuer à rechercher des opportunités hors IA, fondées sur des moteurs de croissance concrets.
Préparer une éventuelle détente des taux sans anticiper aveuglément une hausse généralisée des marchés.
Maintenir une exposition limitée au risque français, conformément à ma lecture actuelle.
Ce qui pourrait me faire changer dâavis serait une dĂ©gradation durable des dĂ©penses des clients, des commandes ou des perspectives bĂ©nĂ©ficiaires aux Etats-Unis, pas simplement quelques semaines de baisse des cours.
Mon objectif nâest pas de deviner chaque mouvement du marchĂ©. Il est de garder le cap sur les entreprises dont la trajectoire me convainc, sans confondre conviction et absence de risque.
Câest, en gros, le fil conducteur que je vais avoir ces prochains mois.







