đ§đȘ X-FAB reste avant tout une fonderie spĂ©cialisĂ©e trĂšs exposĂ©e Ă lâautomobile, mais plusieurs nouvelles activitĂ©s commencent Ă prendre de lâimportance, notamment le SiC, le GaN et la photonique.
đ 2026 devrait marquer le creux du cycle, avec des volumes automobiles encore faibles et des marges sous pression. Mais les commandes commencent Ă mieux orienter et le consensus anticipe dĂ©jĂ un rebond Ă partir de 2027.
đ€ Lâexposition Ă lâIA devient beaucoup plus concrĂšte. X-FAB vise notamment les architectures 800 V des data centers, plusieurs projets en SiC et le co-packaged optics, avec une montĂ©e en puissance de la photonique attendue Ă partir de 2028.
đŻ Jâai ouvert une position dâenviron 2 % dans mon PEA. Le potentiel Ă moyen terme me paraĂźt important, mais je conserve volontairement une position infĂ©rieure Ă une ligne pleine compte tenu du caractĂšre cyclique et atypique du dossier.
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đ§đȘ X-FAB : une future pĂ©pite europĂ©enne de lâIA ?
Identité
Capitalisation : 770 MâŹ
Place de cotation : Euronext Paris
Isin : BE0974310428
ĂligibilitĂ© au PEA : Oui
đ Version audio
đ§âđ« PrĂ©sentation
Avant de parler de photonique, de SiC ou dâintelligence artificielle, il faut dĂ©jĂ bien comprendre ce quâest X-FAB. Et il y a ici une diffĂ©rence importante avec STMicroelectronics ou Infineon.
X-FAB ne conçoit quasiment pas de puces quâelle commercialise ensuite sous sa propre marque. Câest une fonderie de semi-conducteurs, plus prĂ©cisĂ©ment une « specialty foundry ». Ses clients conçoivent leurs propres puces, puis X-FAB leur fournit les procĂ©dĂ©s de fabrication, lâaccompagnement nĂ©cessaire Ă la conception et surtout les usines qui vont rĂ©ellement produire les wafers. Câest donc davantage un petit Ă©quivalent spĂ©cialisĂ© de Tower Semiconductor quâun Ă©quivalent direct de STMicroelectronics.
Cette distinction est importante. X-FAB ne cherche absolument pas Ă concurrencer TSMC dans la course aux puces les plus avancĂ©es en 2 ou 3 nanomĂštres. Ses procĂ©dĂ©s vont essentiellement de 1 ”m Ă 110 nm, ce qui peut sembler trĂšs ancien lorsquâon regarde uniquement les processeurs ou les GPU. Mais pour mesurer une tempĂ©rature, contrĂŽler un moteur Ă©lectrique, gĂ©rer une batterie, convertir une tension ou rĂ©cupĂ©rer le signal dâun capteur, avoir le transistor le plus petit possible nâest souvent pas la prioritĂ©. La fiabilitĂ©, la capacitĂ© Ă supporter de fortes tensions ou tempĂ©ratures, le coĂ»t et la durĂ©e de disponibilitĂ© du procĂ©dĂ© comptent davantage.
Câest prĂ©cisĂ©ment lĂ que se trouve le cĆur historique de X-FAB : les puces analogiques et mixed-signal. Le monde rĂ©el est analogique. Une voiture doit mesurer une pression, une tempĂ©rature ou un courant. Un appareil mĂ©dical doit rĂ©cupĂ©rer un signal provenant dâun capteur. Ces informations doivent ensuite ĂȘtre transformĂ©es afin de pouvoir ĂȘtre traitĂ©es numĂ©riquement. X-FAB fournit les technologies permettant Ă ses clients de fabriquer ces interfaces entre le monde physique et lâĂ©lectronique.
Le groupe organise désormais ses technologies autour de trois grands ensembles : Smart CMOS & SOI, Microsystems & Photonics et Wide Bandgap.
Smart CMOS & SOI constitue encore trĂšs largement le socle du business. Les technologies CMOS ont gĂ©nĂ©rĂ© 732,7 M$ de chiffre dâaffaires en 2025, soit environ 84% des 870,3 M$ rĂ©alisĂ©s par le groupe. On y retrouve notamment des puces de gestion de puissance, des circuits haute tension, des capteurs, des contrĂŽleurs de moteurs ou des systĂšmes de gestion de batterie. Le SOI permet notamment dâisoler diffĂ©rentes parties dâune puce afin de faire cohabiter des fonctions trĂšs sensibles avec des tensions beaucoup plus importantes. X-FAB propose par exemple des technologies qualifiĂ©es pour fonctionner jusquâĂ 175°C, ce qui explique leur intĂ©rĂȘt dans lâautomobile.
La deuxiĂšme brique concerne les microsystĂšmes. X-FAB ne se contente alors plus seulement de graver des circuits Ă©lectroniques classiques. Le groupe peut fabriquer des MEMS, intĂ©grer plusieurs composants les uns avec les autres, rĂ©aliser des connexions verticales entre diffĂ©rentes couches ou travailler sur des systĂšmes microfluidiques. Les applications sont extrĂȘmement diverses : capteurs de pression automobiles, dispositifs mĂ©dicaux, analyse de sang, imagerie mĂ©dicale, tĂȘtes dâimpression ou encore capteurs inertiels. Cette activitĂ© Microsystems a dĂ©passĂ© pour la premiĂšre fois 100 M$ de chiffre dâaffaires en 2025.
Câest dans cette mĂȘme branche que se dĂ©veloppe aujourdâhui la photonique. LâidĂ©e consiste Ă intĂ©grer sur des puces des fonctions permettant de manipuler la lumiĂšre plutĂŽt que seulement des signaux Ă©lectriques. Les applications visĂ©es vont des communications optiques aux data centers, en passant par le calcul quantique ou certaines applications mĂ©dicales. Ă ce stade, il faut nĂ©anmoins ĂȘtre trĂšs clair : la photonique reste encore une activitĂ© de dĂ©veloppement chez X-FAB. Trois projets de photonique sur silicium Ă©taient en dĂ©veloppement avec des partenaires en 2025 et reprĂ©sentaient 8% du chiffre dâaffaires de prototypage, pas 8% du chiffre dâaffaires total.
Câest justement ce qui rend le dossier intĂ©ressant mais Ă©galement spĂ©culatif sur ce point. Lors des rĂ©sultats du T2 2026, le management a confirmĂ© travailler notamment sur les co-packaged optics, câest-Ă -dire lâintĂ©gration beaucoup plus proche des composants optiques et des puces de calcul afin dâaugmenter fortement les dĂ©bits tout en limitant la consommation Ă©nergĂ©tique. X-FAB continue cependant dâindiquer que le dĂ©marrage de la production en volume dans la photonique est attendu en 2028.
đ Autrement dit, lâexposition Ă lâIA existe dĂ©sormais beaucoup plus concrĂštement, mais elle nâest pas encore rĂ©ellement visible dans le chiffre dâaffaires.
La troisiĂšme brique, Wide Bandgap, concerne principalement le carbure de silicium (SiC) et dĂ©sormais le nitrure de gallium (GaN). Ces matĂ©riaux permettent de gĂ©rer des puissances et tensions Ă©levĂ©es avec moins de pertes Ă©nergĂ©tiques que le silicium traditionnel. Le SiC est dĂ©jĂ utilisĂ© dans les onduleurs des vĂ©hicules Ă©lectriques, les chargeurs, les Ă©nergies renouvelables ou les Ă©quipements industriels. Le GaN vise notamment les alimentations de serveurs. Cette activitĂ© ne reprĂ©sentait encore que 4% du chiffre dâaffaires de X-FAB en 2025, essentiellement grĂące au SiC, mais elle ouvre Ă©galement une porte vers les infrastructures IA.
đ Le passage progressif des data centers vers des architectures Ă©lectriques en 800 V est particuliĂšrement intĂ©ressant pour X-FAB. Le management estime que cette transition devrait soutenir la demande pour ses technologies SiC et GaN. Le groupe voit donc potentiellement lâIA arriver par plusieurs portes Ă la fois : lâalimentation Ă©lectrique des data centers via le SiC et le GaN, les interconnexions via la photonique et mĂȘme certains contrĂŽleurs ou capteurs via ses technologies CMOS et microsystĂšmes. Ce nâest pas encore le business actuel de X-FAB, mais cela peut devenir un nouveau dĂ©bouchĂ© pour des technologies que le groupe maĂźtrise dĂ©jĂ .
Pour lâinstant, lâautomobile reste de trĂšs loin le principal moteur Ă©conomique. X-FAB indique que ses trois marchĂ©s stratĂ©giques, automobile, industrie et mĂ©dical, reprĂ©sentent plus de 90% de son chiffre dâaffaires. Dans lâautomobile, lâexposition paraĂźt relativement mondiale plutĂŽt que concentrĂ©e sur quelques constructeurs europĂ©ens. Le groupe ne communique pas prĂ©cisĂ©ment la rĂ©partition de ses puces par constructeur, mais indique quâune voiture neuve vendue dans le monde contient en moyenne plus de 20 puces fabriquĂ©es par X-FAB.
Cette diversification gĂ©ographique doit toutefois ĂȘtre distinguĂ©e de la concentration des clients directs.
Melexis reprĂ©sente Ă elle seule 43% du chiffre dâaffaires de X-FAB, ce qui constitue Ă premiĂšre vue une concentration particuliĂšrement importante. Il faut nĂ©anmoins fortement nuancer ce risque. X-FAB et Melexis partagent historiquement les mĂȘmes actionnaires de rĂ©fĂ©rence : Elex et Sensinnovat dĂ©tiennent ensemble environ 50% du capital de chacune des deux sociĂ©tĂ©s. Les liens sont Ă©galement trĂšs anciens, puisque lâactuel CEO de X-FAB, Rudi De Winter, a dirigĂ© Melexis pendant quinze ans.
Le risque me paraĂźt donc moins ĂȘtre celui dâune rupture brutale de la relation commerciale que celui dâune dĂ©pendance Ă©conomique aux volumes de Melexis. Si lâactivitĂ© automobile de Melexis ralentit, X-FAB en subit directement les consĂ©quences. La diversification du groupe vers davantage de clients et vers lâindustrie, le mĂ©dical, le SiC ou la photonique reste donc importante.
Le modĂšle possĂšde en revanche une caractĂ©ristique intĂ©ressante : lorsquâun client dĂ©veloppe une puce autour dâun procĂ©dĂ© X-FAB, la relation peut devenir trĂšs longue. Les produits automobiles, industriels ou mĂ©dicaux sont parfois fabriquĂ©s pendant 10, 15 voire plus de 20 ans. Changer ensuite de fondeur peut nĂ©cessiter de refaire une part importante du dĂ©veloppement et des qualifications. X-FAB indique dâailleurs ĂȘtre la seule source pour la majoritĂ© des produits quâelle fabrique. Le groupe cherche donc moins Ă produire des milliards de puces standardisĂ©es quâĂ devenir profondĂ©ment intĂ©grĂ© dans des produits spĂ©cialisĂ©s qui resteront ensuite longtemps en production.
Câest finalement comme cela que je vois X-FAB Ă ce stade : le business actuel reste avant tout celui dâun fondeur spĂ©cialisĂ© assez classique, trĂšs exposĂ© Ă lâautomobile, Ă lâindustrie et au mĂ©dical. Mais autour de ce socle apparaissent plusieurs relais beaucoup plus intĂ©ressants pour les prochaines annĂ©es, notamment le SiC, le GaN, les microsystĂšmes et surtout la photonique. LâIA nâest donc pas encore une composante importante des rĂ©sultats. Elle constitue plutĂŽt une optionalitĂ© qui pourrait progressivement devenir beaucoup plus visible entre 2027 et 2028.
đ° Le contexte rĂ©cent
Pour comprendre le cours actuel de X-FAB, il faut presque oublier la performance sur un an, qui paraĂźt finalement assez banale. Le titre cote aujourdâhui autour de 5,98 âŹ, soit environ 10 % sous son niveau dâil y a un an. Mais entre-temps, il est passĂ© par un plus bas de 4,09 ⏠en fĂ©vrier 2026 et un sommet complĂštement atypique de 15,88 ⏠en mai. Le parcours rĂ©cent raconte donc beaucoup plus de choses quâune simple baisse de 10 %.
Le premier sujet est assez classique pour une valeur comme X-FAB : le retournement du cycle automobile. Fin 2025, les rĂ©sultats affichĂ©s restaient pourtant plutĂŽt corrects. Le chiffre dâaffaires annuel progressait encore de 7 % Ă 870 M$ et le T3 2025 avait mĂȘme dĂ©passĂ© les attentes. Mais sous la surface, les commandes racontaient dĂ©jĂ une histoire beaucoup moins favorable. Au T3 2025, les prises de commandes avaient chutĂ© de -25 % sur un an, notamment en raison du dĂ©stockage des clients automobiles. On avait le mĂȘme mouvement chez STMicroelectronics. Le carnet de commandes Ă©tait passĂ© de 413 M$ Ă 347 M$ en seulement trois mois. Sur lâensemble de 2025, les commandes ont finalement reculĂ© de 19 %.
Le marchĂ© a donc progressivement compris que la croissance affichĂ©e dans les comptes allait laisser place Ă un trou dâair. Entre septembre et novembre 2025, le titre est passĂ© dâenviron 6,90 ⏠à moins de 5 âŹ. Les rĂ©sultats annuels publiĂ©s en fĂ©vrier 2026 nâont pas vraiment rassurĂ©. X-FAB refusait alors de donner une guidance annuelle pour 2026 en raison du manque de visibilitĂ©, tandis que la marge EBITDA du T4 ressortait sous la fourchette initialement visĂ©e, en partie Ă cause dâun Ă©lĂ©ment exceptionnel dans le SiC. Le titre est alors allĂ© chercher son plus bas annuel Ă 4,09 âŹ.
Le dĂ©but de 2026 a confirmĂ© cette faiblesse. Au T1, le chiffre dâaffaires reculait de -4 % sur un an Ă 195,6 M$, lâEBITDA de -30 % et lâEBIT de -89 %. La baisse des volumes automobiles pesait directement sur lâutilisation des usines et donc sur la rentabilitĂ©. Il y avait nĂ©anmoins dĂ©jĂ quelques Ă©lĂ©ments beaucoup plus intĂ©ressants sous la surface : Microsystems atteignait un record Ă 33,7 M$ de chiffre dâaffaires, en hausse de 42 %, tandis que Wide Bandgap progressait de 152 % Ă 15,1 M$. Le cĆur historique ralentissait, mais les petites activitĂ©s qui pourraient tirer la croissance future commençaient Ă accĂ©lĂ©rer.
Câest Ă ce moment que le story telling boursier est devenu beaucoup plus atypique... Ă partir dâavril, X-FAB commence Ă rebondir fortement. Puis, le 27 mai, le titre explose littĂ©ralement et gagne jusquâĂ 76 % en sĂ©ance pour atteindre 15,88 âŹ. Cette hausse ne venait pas dâune publication de rĂ©sultats ou dâun Ă©norme contrat. Elle a surtout Ă©tĂ© alimentĂ©e sur les rĂ©seaux sociaux par une thĂšse prĂ©sentant X-FAB comme une future valeur de la photonique, du co-packaged optics et plus gĂ©nĂ©ralement des infrastructures IA.
Ă lâĂ©poque, une partie de cette histoire restait assez spĂ©culative. X-FAB travaillait bien dans la photonique et avait dĂ©jĂ trois projets en dĂ©veloppement, mais il Ă©tait difficile de mesurer prĂ©cisĂ©ment son exposition future aux data centers et surtout au co-packaged optics. La sociĂ©tĂ© indiquait dĂ©jĂ que la production en volume dans la photonique devait dĂ©marrer en 2028. Le potentiel Ă©tait donc rĂ©el, mais le marchĂ© sâĂ©tait clairement emballĂ© bien avant que celui-ci ne soit visible dans les comptes.
Depuis, le plus intéressant pour moi est que la thÚse technologique a gagné en crédibilité alors que le cours, lui, est revenu quasiment à son point de départ.
Les rĂ©sultats du T2 2026 restent mauvais lorsquâon regarde uniquement les chiffres actuels. Le chiffre dâaffaires recule encore de -7 % Ă 199,8 M$. Lâautomobile, qui reste le principal marchĂ© de X-FAB, chute de -19 % sur un an. LâEBITDA baisse de -35 % et la marge EBITDA tombe Ă 16,8 %, contre 24 % un an auparavant. La guidance du T3, entre 195 et 205 M$ de chiffre dâaffaires et 17 % Ă 20 % de marge EBITDA, ne suggĂšre pas encore de rebond spectaculaire.
Mais plusieurs signaux commencent Ă changer. Les commandes automobiles progressent dĂ©sormais sĂ©quentiellement et le ratio commandes sur chiffre dâaffaires a atteint son plus haut niveau depuis deux ans. Le management considĂšre que le S1 2026 pourrait avoir constituĂ© le point bas du cycle automobile. Ce nâest Ă©videmment pas encore une reprise confirmĂ©e dans le chiffre dâaffaires, mais la dynamique des commandes commence au moins Ă aller dans le bon sens.
Surtout, X-FAB a pour la premiĂšre fois donnĂ© beaucoup plus de matiĂšre sur son exposition aux data centers. La sociĂ©tĂ© annonce plusieurs nouveaux « design wins », dont trois en SiC, et estime que les applications liĂ©es aux data centers pourraient reprĂ©senter Ă long terme environ 300 M$ de chiffre dâaffaires annuel. Elle confirme Ă©galement des opportunitĂ©s dans le co-packaged optics et maintient un dĂ©but de production en volume dans la photonique en 2028. Enfin, le management explique explicitement que le passage vers des architectures Ă©lectriques de 800 V dans les data centers devrait soutenir ses technologies SiC et GaN.
Câest finalement ce qui explique assez bien la situation actuelle du titre. La spĂ©culation de mai autour de lâIA et de la photonique Ă©tait probablement beaucoup trop violente et trop prĂ©coce. Mais plusieurs Ă©lĂ©ments qui Ă©taient alors seulement supposĂ©s viennent depuis dâĂȘtre confirmĂ©s par X-FAB elle-mĂȘme. En parallĂšle, le business automobile reste encore dĂ©primĂ© et les marges sont proches de leur point bas.
Le marchĂ© se retrouve donc avec deux histoires complĂštement diffĂ©rentes : des rĂ©sultats 2026 encore mĂ©diocres Ă court terme, mais des relais de croissance potentiellement beaucoup plus intĂ©ressants Ă partir de 2027 et surtout 2028. AprĂšs avoir touchĂ© 15,88 ⏠dans lâeuphorie de mai, le titre est revenu sous les 6 âŹ. Câest prĂ©cisĂ©ment vers ce niveau que jâai commencĂ© Ă regarder le dossier plus sĂ©rieusement puis ouvert ma position fin juillet Ă 6,57âŹ.
đ LâĂ©volution des marges
X-FAB est un business oĂč les marges peuvent bouger trĂšs vite en fonction des volumes. Le groupe possĂšde six usines, Ă©normĂ©ment dâĂ©quipements et une structure de coĂ»ts en grande partie fixe. Une fois les machines installĂ©es et les Ă©quipes en place, fabriquer davantage de wafers amĂ©liore fortement la rentabilitĂ©. Ă lâinverse, lorsque les commandes ralentissent, les mĂȘmes coĂ»ts doivent ĂȘtre absorbĂ©s par moins de chiffre dâaffaires. X-FAB reconnaĂźt elle-mĂȘme que sa rentabilitĂ© dĂ©pend fortement du taux dâutilisation de ses capacitĂ©s.
Câest exactement ce qui explique le pic de 2023. La demande dĂ©passait alors les capacitĂ©s disponibles sur plusieurs technologies importantes, notamment le CMOS 200 mm, le SiC et les microsystĂšmes. Avec davantage de volumes, un meilleur mix et des Ă©conomies dâĂ©chelle, la marge EBITDA avait atteint environ 27,6%, contre 18,2% en 2022. X-FAB expliquait Ă lâĂ©poque que lâamĂ©lioration du mix et les Ă©conomies dâĂ©chelle avaient fortement contribuĂ© Ă cette progression. La demande Ă©tait mĂȘme suffisamment forte pour lancer un programme dâinvestissement dâenviron 1 Md$ entre 2023 et 2025 afin dâaugmenter les capacitĂ©s.
Le problĂšme est que ces nouvelles capacitĂ©s sont arrivĂ©es au moment oĂč le cycle automobile sâest retournĂ©. En 2024 puis surtout en 2025 et 2026, les clients automobiles ont rĂ©duit leurs stocks et leurs commandes. Les volumes ont donc baissĂ© alors que X-FAB disposait dĂ©sormais dâune base industrielle beaucoup plus importante. Câest assez brutal sur les marges : la marge EBITDA passe dâenviron 27,6% en 2023 Ă 23,0% en 2024, 22,7% en 2025 et environ 20,1% attendu en 2026. Au T1 2026, elle nâĂ©tait dâailleurs plus que de 17,5%, avec un chiffre dâaffaires en recul de 4%.
Il y a ensuite un deuxiĂšme phĂ©nomĂšne trĂšs important : lâEBIT se dĂ©grade beaucoup plus fortement que lâEBITDA. Le consensus attend seulement 23,3 M$ dâEBIT en 2026, soit une marge dâenviron 2,8%, contre 17,7% en 2023. La diffĂ©rence vient notamment des Ă©normes investissements rĂ©alisĂ©s ces derniĂšres annĂ©es. Ă mesure que les nouvelles machines entrent en production, elles commencent Ă ĂȘtre amorties dans les comptes. X-FAB indique ainsi que ses dotations aux amortissements sont dĂ©jĂ passĂ©es de 97 M$ en 2024 Ă 113 M$ en 2025 en raison de la mise en service des nouveaux Ă©quipements. Sur la base des estimations du consensus, lâĂ©cart entre EBITDA et EBIT atteindrait mĂȘme environ 142 M$ en 2026.
Câest important pour comprendre pourquoi 2026 devrait ĂȘtre une annĂ©e particuliĂšrement mauvaise au niveau du rĂ©sultat net, attendu lĂ©gĂšrement nĂ©gatif par le consensus, alors que lâentreprise continue malgrĂ© tout de gĂ©nĂ©rer plus de 165 M$ dâEBITDA. X-FAB se retrouve avec davantage de capacitĂ©s, davantage dâamortissements, mais pas encore les volumes permettant de rentabiliser pleinement ces investissements. CQFD. Câest aussi simple que ça.
Le consensus anticipe cependant assez clairement que 2026 constituera le point bas, et câest ça le point intĂ©ressant. Le chiffre dâaffaires serait attendu Ă 824 M$ cette annĂ©e, puis 908 M$ en 2027 et prĂšs de 1 Md$ en 2028. Comme une grande partie des coĂ»ts est dĂ©jĂ prĂ©sente, le redĂ©marrage des volumes devrait crĂ©er un effet de levier opĂ©rationnel important. LâEBITDA passerait ainsi de 166 M$ en 2026 Ă 218 M$ en 2027 puis 260 M$ en 2028. La marge EBITDA remonterait Ă environ 24,0% en 2027 puis 26,1% en 2028, quasiment au niveau dâavant le pic de 2022.
Câest probablement le point le plus intĂ©ressant dans ces projections. Le consensus ne table pas sur une explosion du chiffre dâaffaires, mais sur une croissance du CA dâenviron 21% entre 2026 et 2028 qui entraĂźnerait une hausse de prĂšs de 57% de lâEBITDA. Câest typiquement lâeffet de levier opĂ©rationnel que lâon peut attendre dâune fonderie lorsque les usines se remplissent Ă nouveau.
Il faut nĂ©anmoins Ă©viter de conclure trop vite Ă un retour complet aux niveaux de rentabilitĂ© de 2023. MĂȘme en 2028, le consensus nâattend quâenviron 8,5% de marge EBIT, contre 17,7% en 2023. Les amortissements liĂ©s aux investissements rĂ©cents vont continuer Ă peser lourdement sur les comptes pendant plusieurs annĂ©es.
Dâailleurs, le consensus sâest continuellement ajustĂ© Ă la baisse ces 6 derniers (âŹïž) et 2026 sera au mieux une annĂ©e de stabilisation des estimations, en attendant dâavoir des signaux plus clairs sur la reprise.
Ce quâil faut retetnir : X-FAB semble aujourdâhui proche du creux de son cycle alors quâelle dispose de capacitĂ©s nettement plus importantes quâen 2023. Si les volumes automobiles repartent et que les nouvelles activitĂ©s comme les microsystĂšmes et le SiC continuent de monter en puissance, une grande partie des revenus supplĂ©mentaires peut tomber beaucoup plus rapidement dans lâEBITDA. Câest exactement ce que le consensus commence Ă anticiper pour 2027 et 2028. En revanche, les investissements massifs rĂ©alisĂ©s ces derniĂšres annĂ©es signifient que le rebond de lâEBIT et du rĂ©sultat net seront beaucoup plus lents.
đ° La valorisation
Pour le moment, le consensus table en gros sur un retour Ă la rentabilitĂ© de 2022⊠dâici 2028.
En 2022, le titre se nĂ©gociait en moyenne 17,7x les bĂ©nĂ©fices. En 2023, annĂ©e du pic de marge, câĂ©tait 9,07x. Cela montre que le marchĂ© avait assez bien en tĂȘte que lâactivitĂ© en 2023 Ă©tait sur un pic, ce qui nâa pas empĂȘchĂ© le titre dâatteindre un sommet via une forte hausse de son activité⊠qui Ă©tait couplĂ©e Ă des marges records.
En lâĂ©tat, les prĂ©visions du consensus semblent prudentes, et si on table sur 17x les bĂ©nĂ©fices Ă horizon 2028, cela nous donnerait un cours de 6,40 âŹ, soit un niveau proche de mon prix dâachat.
X-FAB a cependant des objectifs de moyen/long terme explicites, mais ils sont formulĂ©s comme des ambitions Ă travers le cycle, pas comme une guidance annuelle millimĂ©trĂ©e. Le cĆur du message est une croissance organique moyenne « high single digit » et une marge dâEBITDA supĂ©rieure Ă 30 %, contre environ 17-20 % anticipĂ©s Ă trĂšs court terme dans le creux de cycle 2026.
De plus, Melexis confirme que le creux de demande et de dĂ©stockage est probablement passĂ©. Les commandes se sont renforcĂ©es au cours du T2, les clients demandent davantage dâavancements de livraison que de reports, et les stocks chez les distributeurs comme chez les clients directs demeurent bas et plats. Cela fait de Melexis un indicateur avancĂ© nettement plus constructif pour X-FAB quâau dĂ©but de lâannĂ©e.
Pour ma part jâaime me projeter un peu plus, et en lâoccurrence de façon un peu plus optimiste. Nous traversons une pĂ©riode de turbulence Ă de multiple niveaux (ie macro Ă©conomique et gĂ©opolitique) et X-FAB croit, en plus, par Ă -coups, avec des phases de croissance plus marquĂ©e, des phases de ralentissement plus fortes, en raison de phĂ©nomĂšnes de stockage et de desctockage chez les clients finaux.
Il est aujourdâhui difficile de dire quand va se matĂ©rialiser prĂ©cisĂ©ment cette reprise, mais il semble raisonnable quâelle soit en cours, Ă partir de 2026.
Par ailleurs, dans ce secteur, tout est une question de taux dâutilisation des capacitĂ©s. Si aprĂšs 2026, les taux dâutilisation sâamĂ©liorent pour revenir Ă un bon niveau, et quâen plus, graduellement Ă partir de 2028, lâIA vient booster ces taux dâutilisation, on est en droit dâespĂ©rer que sur un horizon de 5 ans, la santĂ© financiĂšre du groupe revienne proche de ses sommets.
Jâai fait une projection Ă 10 ans, mais le plus pertinent me semble 5 ans. 10 ans câest trop long dans ce secteur ou les cycles sont plus courts.













